Cher Raoul,
Le 1er Mai rallume des ardeurs salutaires.
Comment ne pas être d'accord avec ton impatience nourrie d'exigences toutes justifiées.
C'est cette même impatience, sans doute, que partagent des millions de nos concitoyens, qu'à perçu Olivier Besancenot et à laquelle il a voulu répondre.
Mais toutes les questions que ton message évoque doivent-elles être débattues à quatre?
Elles méritent mieux. J’étais avec Marie George Buffet à Bourges vendredi. Interrogée par plusieurs sur l'invitation faite par Olivier Besancenot, elle a répondu clairement : oui à des rencontres mais plutôt qu'un repas à quatre, un banquet populaire !
Nous avons même proposé une date: le 29 mai et partout en France, dans chaque ville ou village qui le décidera, que ce soit un comité du 29 mai qui le propose ou quiconque d'autre du moment que la volonté est la même : rassembler toutes celles et tous ceux qui se réclament d'un projet alternatif à l'ultra libéralisme, au libéralisme tout court, bref un projet en rupture avec les logiques capitalistes.
Et tous ceux là méritent mieux qu'un débat confisqué par ceux que tu nommes les "stars du non".
Nous avons refusé que les discussions de la gauche se mènent dans un périmètre appelé "gauche plurielle" (et de fait toutes ces réunions ont lieu à onze organisations) ce n'est pas pour accepter que les discussions des anti-libéraux se mènent à quatre.
Il en va non seulement de la crédibilité de notre démarche populaire mais aussi de son efficacité même. Aucune victoire n'est possible si les politiques donnent le sentiment par leurs paroles ou par leurs actes que l'objet de la politique est "leur" pouvoir.
Ségolène Royal a déclaré dans le week end qu'on avait oublié au nom de qui on exerçait le pouvoir. Mais la vrai question est de faire exercer le pouvoir par notre peuple lui même, de changer les institutions pour cela ; de promouvoir partout, dans les quartiers comme dans les entreprises de nouveaux droits qui donnent du pouvoir aux citoyens.
Et de commencer cela dans l'élaboration même d'un projet politique et d'une stratégie alternative à l'alternance.
C'est tout à fait possible, c'est ce que nous avons fait ensemble pendant le référendum.
Mettre au point un projet anti-libéral commun (reconnaissons que nous en sommes très proche de par le travail accompli); désigner ensemble les candidatures diversifiées mais unitaires qui porterons ce projet aux présidentielles et aux législatives; définir ensemble, maintenant et au jour le jour une campagne qui fasse entendre la diversité de celles et ceux qui portent ces options communes : voilà le travail que de nouveaux "comités 2007" ("STOP au(x) libéralisme(s), ensemble construisons notre avenir") pourraient accomplir.
Et ne voyons aucun "basisme" dans cette attitude. Au référendum cette construction populaire a trouvé en écho une représentation politique de gauche très diversifiée avec des représentants de toutes les sensibilités à gauche et dans les milieux syndicaux ou de la société civile. Il y a même eu, bien sur, une dynamique qui s'est instauré jusqu'à la victoire et notamment parce que ce rassemblement est apparu comme très large et non pas réduit à des positions extrêmes comme l'auraient souhaité les partisans du oui. Nul doute qu'aujourd'hui une option anti-libérale trouvera des soutiens dans toute la gauche.
Je ne suis pas surpris de la proposition d'Olivier Besancenot que je trouve, tu l'as compris, restrictive.
D'abord elle n'est pas nouvelle.
A chaque fois que les conditions ne leur semblent pas réunies pour un changement de politique, les dirigeants de la LCR recherchent des alliances permettant d'exprimer des rapports de force. Aux élections régionales, le raisonnement les a conduit à s'allier avec LO en pensant que 5+5=10 et qu'ainsi la 4ème force politique du pays naîtrait.
Echec ; échec parce que celles et ceux qui veulent que ça change n'acceptent plus des stratégies où l'objectif de changement passe derrière le renforcement propre des appareils politiques ou même des partis.
Nous ne forgerons pas des victoires avec les sondages, mais par une démarche populaire partagée. Et en affichant de l'ambition !
C'est le dernier point que je veux aborder. Oui il n'y a pas de synthèse possible entre le social libéralisme et l'anti libéralisme.
C'est ce qui nous a conduit aux régionales d'ailleurs, à ne pas signer d'accord entre les deux tours. Nous avons fait liste commune pour battre la droite - et cette question qui se pose pour 2007 ne doit pas souffrir la moindre hésitation - et nous avons dit que nous porterions toutes nos propositions du 1er tour dans les débats de l'exécutif comme dans les débats de l'assemblée. Nous voyons bien la difficulté d'une telle stratégie dans une majorité où les orientations ne sont pas toujours conformes à nos choix propres. Et il ne s'agit que du pouvoir régional !
Notre participation au gouvernement de la France mérite réflexion. Si nous sommes favorables à porter jusque dans les exécutifs nos efforts de transformation sociale, nous devons avoir conscience que ce n'est pas possible dans n'importe quelles conditions.
Mais cela ne peut nous conduire à des a priori du type : rien n'est possible avec le parti socialiste au gouvernement.
Et cela pour une seule raison que je veux mettre en avant : quelle ambition portons-nous en 2007 ?
Nous ne voulons pas de candidatures "de témoignages" au sens de candidatures faites pour se compter. Mais si cela serai vrai d'une multiplicité de candidatures anti-libérales, cela peut aussi être vrai de candidature de rassemblement qui ne s'appuierai pas sur un vrai mouvement populaire construit ensemble. Il ne s'agit pas de faire un bon score pour "peser" sur le parti socialiste ou pour être une formation "forte" à l'assemblée. Il s'agit de faire triompher, à gauche, l'option anti-libérale, de battre la droite et de faire réussir la gauche.
Pourquoi douter que le projet alternatif que nous voulons porter ne pourrait pas être majoritaire à gauche. Il l'a été dans le référendum et sans doute dans la rue contre le CPE ou plus exactement contre une société qui porte en elle la précarité et qui s'appelle société libérale.
Seule cette ambition peut nous permettre de gagner.
Merci Raoul de m'avoir suscité cet écrit comme contribution à nos débats.
Salut à toi et à Djamila
Francis Parny